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La justice française lance un mandat d'arrêt international contre Ghosn

Les autorités françaises ont émis un mandat d'arrêt international contre l'ancien patron disgracié de Nissan, Carlos Ghosn, qui vit au Liban depuis son audacieuse escapade du Japon en 2019.

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Le mandat, émis jeudi, porte sur des paiements suspects d'environ 15 millions d'euros (16,3 millions de dollars) entre l'alliance Renault-Nissan que Ghosn dirigeait autrefois et son concessionnaire à Oman, Suhail Bahwan Automobiles (SBA), ont indiqué vendredi les procureurs à l'AFP.

Les allégations contre Ghosn, 68 ans, incluent l'utilisation abusive des actifs de l'entreprise, le blanchiment d'argent et la corruption.

Le magnat de l'automobile – qui détient des passeports français, libanais et brésilien – devait initialement être jugé au Japon, après sa détention là-bas en 2018, mais il a sauté sa caution et s'est enfui au Liban.

Le mandat d'arrêt international émis jeudi par un tribunal de la banlieue parisienne de Nanterre est un message fort au Liban, qui n'extrade pas ses citoyens et a interdit à Ghosn de quitterritoire.

Si le mandat est exécuté, Ghosn sera convoqué devant un juge de Nanterre et formellement inculpé.

L'enquête française porte sur des transactions financières suspectes entre la filiale néerlandaise de Renault-Nissan RNBV et SBA, des travaux de conseil impliquant RNBV et un ancien ministre du gouvernement, et des fêtes somptueuses organisées au château de Versailles en France.

L'un des avocats de Ghosn, Jean Tamalet, a déclaré à l'AFP que le mandat français était "très surprenant car le juge d'instruction et le procureur de Nanterre savent parfaitement que Carlos Ghosn, qui a toujours coopéré avec la justice, fait l'objet d'une interdiction judiciaire de quitterritoire libanais".

Le juge d'instruction de Nanterre a également émis des mandats d'arrêt contre quatre actuels ou anciens patrons de la SBA, le fondateur de l'entreprise, ses deux fils et l'actuel directeur général, ont indiqué à l'AFP des sources proches du dossier. Les quatre sont soupçonnés de corruption et de blanchiment d'argent.

Le fondateur de la SBA, Suhail Bahwan, "nie formellement avoir participé aux infractions visées par le mandat d'arrêt", a déclaré à l'AFP son avocat, Christophe Ingrain.

Renault, qui s'est constitué partie civile dans l'affaire, a déclaré avoir "pris acte" de la démarche du parquet de Nanterre.

"Il s'agit d'une évolution majeure qui s'explique en partie par la gravité des nouvelles informations qui ont été révélées (...) concernant des transactions financières cachées de plusieurs millions d'euros entre Carlos Ghosn et les fondateurs et patrons de SBA", a déclaré à l'AFP l'avocat de Renault, Kami Haeri.

La saga Ghosn a fait la une des journaux du monde entier.

En novembre 2018, Ghosn – alors patron de Nissan et chef d'une alliance entre Renault, Nissan et Mitsubishi Motors – a été arrêté au Japon pour suspicion de faute financière avec son principal assistant, Greg Kelly. Ils ont tous deux nié tout acte répréhensible.

En décembre 2019, alors qu'il attendait son procès, Ghosn a été sorti clandestinement du Japon à bord d'un jet privé, caché dans une mallette d'équipement audio, et transporté par avion à Beyrouth.

Il a justifié sa fuite au Liban en disant qu'il ne croyait pas qu'il obtiendrait un procès équitable à Tokyo.

Ghosn a également accusé Nissan d'être de connivence avec les procureurs pour le faire arrêter dans un "coup de palais" parce qu'il avait cherché à renforcer l'alliance de la firme japonaise avec Renault.

En 2020, Interpol a publié une "notice rouge", informant Beyrouth que Ghosn était un fugitif du Japon et était recherché par les autorités de Tokyo pour être poursuivi.

Le Liban, qui n'a pas de traité d'extradition avec le Japon, ne l'a pas arrêté.

Il est respecté au Liban pour ses talents d'entrepreneur et donne des conférences à l'Université Saint-Esprit de Kaslik près de Beyrouth. Mais il reste discret et évite de commenter les bouleversements politiques et économiques du pays.

Des responsables français se sont rendus à deux reprises à Beyrouth dans le cadre de leurs enquêtes, interrogeant Ghosn en 2021.

Pendant ce temps, son ancien assistant Kelly a été condamné le mois dernier à une peine de six mois avec sursis par un tribunal de Tokyo pour des allégations selon lesquelles il aurait aidé Ghosn à tenter de dissimuler des revenus.

Les procureurs avaient requis deux ans de prison pour Kelly, l'accusant d'avoir aidé Ghosn à sous-déclarer ses revenus à hauteur de 9,1 milliards de yens (79 millions de dollars) entre 2010 et 2018. Le tribunal n'a reconnu Kelly coupable que pour l'exercice 2017.

Dans une interview accordée au journal français Le Parisien en février, Ghosn a dénoncé ce qu'il a qualifié de "coup de poignard dans le dos du gouvernement français et du conseil d'administration de Renault".

Le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, a refusé vendredi de commenter les derniers développements, déclarant à la radio BFMTV/RMC : "Laissez la justice suivre son cours".